Voici un extrait du dernier interview qu’à bien voulu nous livrer l’artiste lors de l’une de ses dernières expositions:

« - Xavier Bessière, qu’avez-vous voulu exprimer dans cette toile? »

« - Laquelle? »

« - Celle au fond à droite. »

« - Celle à côté du cochon mort? »

« - Non celle plus à gauche. »

« - Ben c’est pas celle complètement à droite alors?! »

« - Non non, celle où l’on voit un cheval en équilibre sur la tête. »

« - C’est pas un cheval. »

« - Vous êtes sûr? »

« - C’est un âne! »

« - Moi je vois bien un cheval, là, quand même! »

« - C’est  vous qui l’avez dessiné peut être? »

« - Surement pas! Si je l’avais dessiné il serait plus ressemblant! »

« - Et vous allez ressembler à quoi après avoir pris mon poing sur le nez? »

La suite de l’article est un peu plus conceptuelle et n’apporte pas d’éléments susceptibles de nous éclairer plus en profondeur sur les intentions véritables de l’artiste.

L’art est d’abord une aventure intérieure. Dans les phases de création, l’artiste jouit d’une grande liberté, et même (et surtout) celle de s’imposer des contraintes, qu’elles soient techniques ou  d’ordre étiques. C’est pour cela que je n’emploie pas l’expression « liberté totale ». Les limites sont omniprésentes. Elles sont aussi là pour nous obliger à les dépasser. L’artiste qui n’a plus de limite (celles qu’on lui impose ou  celles qu’il se crée) n’a plus de barrière à franchir et se retrouve alors paradoxalement prisonnier de son enclos. L’inspiration reste pour moi le franchissement de ces barrières.

Jusqu’à ce que l’artiste le décide, cette aventure intérieure devient collective. Exposer c’est s’exposer. Cela va au-delà d’un simple affichage sur les murs. L’artiste qui réussit à se dévoiler à travers son art s’expose, au mieux, à la critique esthétique, au pire, à celle de l’être humain lui-même.  L’artiste choisi d’être au centre de cette expérience. Il prend tous les risques et ressemble parfois à un animal de foire.

Mais si l’artiste propose, il reçoit en contrepartie : La rencontre, l’échange et le partage. Cela répond en partie aux questions : Pourquoi je peins ? Quelles sont mes motivations profondes ? Je peins pour moi et pour les autres, et c’est d’abord mon rapport à l’autre qui me motive. Les collectivités ou les groupes ne m’inspirent pas. L’intimité a tant à explorer. L’être humain en tant qu’individu m’interroge et me questionne. Un rapport d’individu à individu peut provoquer une empathie, mais celui d’un individu par rapport à un groupe reste toujours politique.

Cependant, on ressent mes corps peints comme torturés, difformes ou en souffrance. Je ne vois pas les choses comme cela. Je ne suis pas sûr de peindre les autres, mais plutôt une partie de moi-même. La série des Egotiques est un miroir sur mon imaginaire, et ce n’est pas l’autre que je mets en situation, mais moi à la place de...

J’ai 50 ans de dessin en mode autodidacte. L’inconvénient, c’est le risque d’enfoncer des portes ouvertes, de découvrir un petit chemin pour s’apercevoir que c’est l’autoroute des vacances. Oui, je franchis des clôtures avec la barrière grande ouvert à proximité, mais l’important est d’abord dans la démarche. C’est pour cette raison que je n’expose que depuis peu. Je ne recherche pas le beau mais une façon de m’exprimer. Ce que j’ai compris assez tardivement.

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